L’autre jour j’étais aux toilettes des Galeries Lafayette Haussmann (oui, parfois, je sors de Lyon… Et je vous recommande de visiter cet endroit pour la vue sur les toits de Paris qui est sublime) et je cherchais une cabine de libre. Cet espace WC est immense et il y a de très nombreuses cabines mais toutes semblaient occupées. Comme visiblement les lieux n’ont pas été remis à neuf depuis longtemps, non seulement les lunettes sont dans un piètre état mais les verrous n’indiquent plus si la cabine est libre ou occupée : les couleurs vertes ou rouges qui ont sans doute existé à une époque sont depuis longtemps effacées. Seul moyen de savoir si une cabine est libre : tenter de pousser la porte. Et le fait est que ce jour-là, aucune porte ne cédait. Je commence à pester quand enfin l’une d’elles s’entrebâille. Je m’apprête à entrer avec ma progéniture mais je m’aperçois que le sol est inondé.

« Oh la la, fait chier ! » (Expression de circonstance s’il en est.)

Je poursuis ma recherche accompagnée de ma Benjamine qui sautille en chantonnant : « Oh la la, fait chier, Oh la la, fait chier » comme une comptine qu’on lui aurait apprise à l’école.

 

Scrogneugneu, saperlipopette, bachi-bouzouk, flûteuh !!!

Bah oui. Les enfants répètent tout ce qu’on dit. Surtout ce qu’il ne faut pas. Et quand on a une maman qui, à l’instar d’Hippo dans « Un monde sans pitié » (Eric Rochant 1989, et oui, ça remonte…), ne peut pas faire une phrase sans la commencer ou la ponctuer (ou les deux) par un « Putain ! » bien sonore, difficile pour eux de rester polis.

Quand mon cadet est entré à la maternelle, je lui faisais comme tous les parents mes recommandations : « Dis ‘bonjour’, ‘s’il te plaît’, ‘merci’… » et…, peut-être pas comme tous les parents, au dernier moment avant d’entrer en classe : « quel mot il ne faut pas dire à l’école ? » Il chuchotait alors tout bas le mot interdit à l’école : « putain ».

Il a grandi maintenant et je sais que ses copains ont un vocabulaire fleuri puisqu’il me répète parfois ce qui se dit dans la cour de récré (comme quoi eux aussi ont de mauvais exemples dans leur entourage. Je me sens moins seule), mais lui, continue-t-il à suivre mes consignes ? Ca il ne me le dira pas. En tout cas en ma présence, il est d’une exquise politesse.

Pour mon aînée je n’ai pas eu ce problème. Mais je pense que je jurais moins quand elle était petite. Il faut croire que j’étais moins énervée.

 

My Generation

Chez mes parents on ne jurait point (je vous dis pas le choc des cultures quand je suis rentrée au collège !) Un jour, ayant eu un problème mécanique, mon père laissa échapper le mot de Cambronne dans la voiture. Un évènement tellement exceptionnel qu’il est resté gravé dans ma mémoire. Evidemment ce n’était pas du tout naturel et cela devait leur demander pas mal d’efforts.
Chez mes grands-parents, ma grand-mère avait instauré une taxe sur les gros mots et mon grand-père devait s’acquitter d’un forfait d’un franc à chaque fois qu’il disait ‘merde’. Une tirelire était même prévue à cet effet. Il semble que le brave homme préférait payer que de céder à la censure. Je serais curieuse de connaître le montant du pécule amassé au fil des ans par Mamie grâce à ce petit commerce.

 

Demain j’arrête

J’ai essayé d’arrêter de jurer comme d’autres essayent d’arrêter de fumer (avec le même succès d’ailleurs). Pendant plusieurs années, tous les 1er janviers, parmi les quelques résolutions que je ne tiendrais pas, je décrétais que cette fois j’allais enfin arrêter de dire des gros mots. La petite scène des Galeries Lafayette prouve bien que ces résolutions ont fait long feu. D’ailleurs cette année ma résolution était de ne plus prendre de résolutions. Et pour une fois je m’y suis tenue. Bravo moi !